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Archives pour la catégorie ‘Questions et réponses aux audiophiles’
09 Avr

Haute fidélité, Objectivité et Subjectivité, l’œuvre de Dieu et la part du Diable…

High End Munich 2017Après quelques belles découvertes musicales, des rencontres très sympathiques avec quelques génies de l’électronique et quelques courts voyages à Paris, à Reims ou à Bruxelles, le moment est venu pour moi de poser ma petite valise et de faire le point. Si les voyages – même les plus petits – forment la jeunesse, la réflexion à tête reposée me permettra surtout de faire une pause et de clarifier les choses dans notre domaine bien particulier de la reproduction musicale. Car c’est bien de reproduction musicale qu’il s’agit si l’on veut, posément, définir ce qu’est la Haute Fidélité.

Cependant, cette définition restera incomplète si nous ne pouvons la clarifier plus en avant. Si j’ai tendance à penser que la Haute Fidélité ne passera pas la prochaine génération sans une sérieuse remise en question, j’ai aussi eu l’occasion d’entendre deux sons de cloche bien différents… Ces deux timbres reposent tout simplement sur la question du rapport au réel pour la musique reproduite. Dans ce cas, peut-on parler de rapport objectif ou subjectif à la reproduction musicale en rapport à la Haute Fidélité ?

Une antithèse qui mérite une synthèse si l’on veut se mettre d’accord sur ce qu’est la Haute Fidélité

High End Munich 2017Inutile de chercher 12 à 14 heures pour définir ce qu’est la Haute Fidélité. De manière raisonnable, je vous dirais tout simplement que la Haute Fidélité est en rapport avec la reproduction musicale d’une œuvre, d’un morceau de musique, d’un concert ou dans un studio en fonction des limites intrinsèques des électroniques, enceintes et accessoires utilisés pour obtenir ce résultat musical.

Parler de reproduction et non pas d’une écoute originale suppose donc que l’on cherchera à s’approcher le plus près possible de l’œuvre originale par le moyen des électroniques et des processus électroacoustiques, autrement dit vos enceintes. On parlera donc d’une recherche de la Fidélité la plus Haute possible et donc, la plus proche des conditions réelles du concert. Jusque là, il est probable que nous restions d’accord si nous considérons cette définition comme répondant à une considération objective de la Haute Fidélité. Cependant, cette valeur objective présente aussi le défaut de ses qualités, c’est à dire qu’il sera particulièrement difficile d’obtenir une reproduction exacte d’un morceau de musique enregistré en studio ou en concert. Même les meilleures électroniques au monde ne vous donneront jamais une reproduction rigoureusement exacte de ce que vous avez écouté en concert ou indirectement, en studio.

Quand les « meilleurs » font preuve du pire, le sujet est remis en question

High End Munich 2017Malheureusement, il sera d’ailleurs assez facile de constater que ceux qui se vantent le plus d’avoir conçu les meilleures électroniques au monde nous donnent surtout la démonstration des pires reproductions musicales audibles, seulement « audibles » mais même pas « écoutables » et encore moins « appréciables ». Il est d’ailleurs bien dommage que ce soit en France que l’on doive en constater la démonstration.

Hormis la question du budget, associez ce que vous considérez comme les « meilleures » électroniques avec les « meilleures » enceintes et vous n’obtiendrez peut-être jamais la « meilleure » reproduction musicale. Combien de systèmes à plus de 100 000 euros se sont ridiculisés devant des chaines 5 fois moins chères mais 5 fois mieux élaborées ? A ce jour, j’aurais du mal à les compter. Admettons cependant que certains systèmes de Haute Fidélité très onéreux soient admirablement musicaux; ils existent réellement, mais ils se font particulièrement rares.

Comment réconcilier un instrument qui vibre naturellement avec des membranes qui ne peuvent que reproduire cette vibration musicale ?

High End MUnichL’explication qui se cache derrière ce phénomène est pourtant simple à comprendre. Un instrument de musique est fait d’un assemblage de bois ou d’autres matières associées à des cordes ou d’autres mécanismes de résonance qui associent leurs vibrations pour produire un son (une vibration unique et complexe) afin de produire de la musique, qui elle, dépendra du talent unique d’un musicien, sachant mettre en ordre ces vibrations.

Ainsi, il s’agira pour lui de créer une mélodie considérée comme musicale. Pour la voix humaine, c’est encore plus simple puisque ce sont les cordes vocales qui produisent cette vibration. Jusque là, il n’y a rien de très étonnant. Ensuite, on aimerait bien que nos électroniques nous rendent cette même objectivité, du moins à considérer que la musique écoutée en concert soit source d’émotions musicales, ce qui n’est pas toujours le cas. Quant à l’écoute d’un morceau en studio, c’est précisément cette émotion libérée durant l’enregistrement que l’on recherche, sans forcément l’obtenir. Le problème est bien là. La reproduction musicale, transmise par le biais des électroniques et enceintes n’a plus rien d’objectif, même si les progrès techniques permettent aujourd’hui de s’en rapprocher grandement.

High End Munich 2017En réalité, la vibration musicale n’est reproduite qu’en bout de course par les membranes de nos haut parleurs alors que cette même vibration a d’abord été traduite en signal électrique, des milliers de fois modifiée par nos électroniques. De là, la question de l’objectivité musicale sera de plus en plus difficile à admettre.

Bien sûr, nous serons les premiers à nous insurger contre toutes formes de colorations, jusqu’au moment où la neutralité plate d’une courbe de réponse sera aussi platement reproduite par nos enceintes. On perdra ici l’émotion musicale en ne retrouvant plus qu’un message musical froid et insipide mais pas de musique à proprement dit. Retrouver le phrasé très proche d’un solo de violon ou de guitare ou l’ambiance musicale d’un concert nous incitera à parler de musicalité mais encore une fois, il n’est plus possible de parler d’objectivité.

L’objectivité musicale est celle du concert, la subjectivité musicale est celle de vos électroniques

High End MunichQue vous le vouliez ou non, vos électroniques, et en fin de course vos enceintes, ne vous traduisent pas la musique de manière objective. C’est d’autant plus vrai que ceux qui s’insurgent avec une véhémence presque violente contre cette idée seront toujours les premiers à critiquer le manque de « matière » ou de « dynamique » d’un système Haute Fidélité, voire d’un manque de richesse harmonique dans le médium et que sais-je encore.

Ces fervents défenseurs de la réalité objective d’un concert ne se rendent même pas compte qu’ils sont bel et bien les plus prompts à caractériser leur chaine audio sur des critères purement subjectifs. Quoi que vous fassiez, il est absolument impossible d’écouter deux morceaux strictement identiques sur deux systèmes audiophiles différents, sauf dans certains cas mais qui n’auront plus rien d’audiophile. Ces cas bien précis se réfèrent sans doute aux cochonneries bas de gamme de supermarchés et made in China qui vous abreuveront toujours de la même soupe pseudo-musicale bouchée et dénaturée. Dans ce domaine bien précis, toutes les chaines font consensus et si certaines d’entre-elles ne le font pas, il serait alors envisageable de penser qu’elles puissent faire un jour de la musique.

La reproduction musicale dépend de l’esthétique sonore de nos électroniques

High End MunichNon, une électronique qui se dit audiophile possède un son. Les concepteurs de ces électroniques ont d’ailleurs élaboré leurs appareils pour qu’elles répondent le plus exactement possible à l’esthétique sonore qu’ils veulent obtenir. Cette esthétique sera d’ailleurs de plus en plus reconnaissable selon que l’on monte en gamme. Ici, il n’y a pas de surprise non plus. Ensuite, cela vous plait ou cela ne vous plait pas…

Cela explique aussi pourquoi il y aurait des amateurs du son Naïm, d’autres des lecteurs Eera ou d’Helixir Audio et que sais-je encore. La conception d’une électronique ou d’une enceinte effacera de facto toute notion d’objectivité en termes de reproduction musicale car elle reposera sur des choix voulus par les concepteurs. Même chercher à concevoir une électronique ou une enceinte neutre est un choix, mais peu souvent en accord avec la réalité du concert.

La notion de subjectivité est clairement exploitée en studio, depuis la prise de son jusqu’au mixage final

Hign End MunichIl s’avère d’ailleurs encore plus difficile de parler d’objectivité du concert à partir du moment où, pour un enregistrement donné, l’ingénieur du son aura ses préférences quant au choix des micros ou même du placement de ces derniers.

Si l’objectif est toujours bien de reproduire l’espace sonore d’un lieu, en enregistrant les timbres et le phrasé instrumental de la manière la plus exacte possible, chaque ingénieur du son aura sa méthode personnelle d’enregistrement, en fonction de ce qu’il considère comme étant celle qui sera la plus exacte possible. Si tel n’était pas le cas, il n’y aurait qu’une seule méthode d’enregistrement, développée en fonction de tel ou tel endroit de la pièce mais chaque enregistrement s’avère différent dès le départ, tout comme l’interprétation d’une œuvre peut l’être à chaque fois qu’elle sera jouée.

Quel que soit le morceau, même en concert, vous ne l’entendrez jamais deux fois de manière strictement identique; c’est encore plus vrai pour une œuvre enregistrée. Ensuite, il y aura fatalement des corrections à apporter à l’enregistrement afin d’obtenir un équilibre supportable pour nos oreilles. Il s’agira d’obtenir une dynamique proche du réel sans pour autant omettre les plus petits détails qui, dans l’absolu, devraient eux aussi, être perçus. Rien n’est plus difficile que ce genre d’exercice. A partir de là, la probabilité statistique que vous entendiez exactement la même chose sur votre chaine que ce qui a été joué en concert ou en studio est déjà proche de zéro.

Un minimum d’équilibre musical est nécessaire pour que l’on puisse réellement parler de Haute Fidélité

High End MunichD’un point de vue technique, nous pourrions cependant admettre l’avis de ceux qui considèrent qu’une chaine de Haute Fidélité est particulièrement déséquilibrée en fréquences, dans l’aigu ou dans le grave. Si l’aigu se fait criard avec une reproduction musicale décharnée, accompagnée d’une image stéréophonique plate, nous aurons quand même bien du mal à parler de Haute Fidélité, encore moins d’adéquation à la réalité musicale.

A l’opposé, lorsque les basses fréquences ne sont pas contrôlées et qu’elles deviennent envahissantes au point de masquer une partie du médium, l’équilibre ne sera pas optimal non plus. D’un point de vue plus ou moins objectif, nous pourrions donc nous accorder sur la question de l’équilibre du spectre sonore. A partir de là, certains ingénieurs du son vont argumenter en disant que l’on ne peut parler de Haute Fidélité qu’à partir du moment où des instruments dits « naturels » sont enregistrés.

Des arguments sans fondement ne font pas avancer le débat mais l’enfoncent dans un parti-pris

vanessa carltonLe problème se pose sérieusement lorsque j’essaie de me représenter ce que pourrait être un instrument « artificiel ». En réalité, je n’y arrive pas. Pourtant, les défenseurs de la musique classique ou disons plutôt les ingénieurs du son qui n’enregistrent que du classique (ou parfois d’autres musiques comme le jazz ou le blues) par choix ou par conviction, oublient souvent que ce genre de musique (même si j’écoute du classique) n’est pas le seul genre musical sur Terre.

Pour avoir joué de la guitare électrique pendant 20 ans, j’en sais quelque chose. Mais ils vous diront que vos guitares se basent sur une distorsion et que le son n’a plus rien de naturel. Sauf qu’à notre époque (et même à l’époque de Jimmy Hendrix) il s’agissait d’une distorsion harmonique qui justement, n’a rien de dysharmonique. Dans le cas contraire, le rock serait inécoutable et pourtant, il attire bien plus d’amateurs que le classique…

Admettez simplement que si vous posez un argument, il faut aussi que vous soyez en mesure d’imaginer son contraire. Faute de quoi, il s’agit d’un non-sens. Dans un autre domaine, on entend parfois parler des « naturopathes » mais je n’ai jamais entendu parler des « artificielopathes » qui prôneraient les vertus d’une alimentation industrielle. Non, bien souvent, si vous admettez un argument sans pouvoir en définir l’opposé, c’est que vous avez affaire à des rêveurs ou à des charlatans.

L’enregistrement d’une œuvre musicale repose sur un travail de studio reproduisant un certain équilibre avec un bon confort d’écoute

Kef BruxellesPour aller encore plus loin, et même si je n’aime pas vraiment cela, je dois bien avouer que même un synthétiseur pourrait difficilement produire une musique artificielle car il faut bien, au départ, qu’un son, même numérique, se base sur un modèle vibratoire naturel. A partir de là, les mêmes questions techniques se posent en studio ou sur scène.

Par exemple, la nécessité de compresser une grosse caisse de batterie afin de laisser de la place aux tomes et ensuite, d’équilibrer la prise de son des cymbales, etc. Et Dieu sait si ce genre d’équilibrage demande des heures de travail aux ingénieurs. Et même si mon rack me permet d’accéder à des centaines de distorsions possibles, je ne vois pas trop ce que je pourrais en faire si la vibration des cordes de ma guitare ne pouvait être transmise par le micro vers le rack. Alors cessez de vous ridiculiser avec vos considérations d’instruments ou d’ambiance « naturelles » lorsqu’il s’agit d’évoquer la fidélité à la musique car elles sont sans fondements. Ce sont d’ailleurs ces mêmes ingénieurs du son qui s’efforcent de reproduire toute la puissance émotionnelle d’un orchestre symphonique alors qu’ils considèrent qu’un groupe de rock ne fait que du bruit pour impressionner ses auditeurs. On tombe très vite dans l’ignorance et le grotesque.

La musique est source d’émotions, raison d’être de la Haute Fidélité

C’est ici qu’il s’agit de remettre les choses en place. S’il ne s’agit que de taper sur des casseroles pour faire du bruit, comme cela arrive encore, je serais bien le premier à dire qu’il ne s’agit pas de musique. Au contraire, un musicien cherche tout d’abord à retranscrire et transmettre un message et ses émotions avec la musique. On y revient, la musique est un vecteur d’émotions. C’est aussi pour cela que j’évoquais la « puissance émotionnelle » de celle-ci. Si la musique est faite d’émotions, c’est bien pour que l’on puisse les apprécier et c’est aussi ce qui est au fondement de la Haute Fidélité.

Chuck SchuldinerA mon sens, il n’y a pas de différence de qualité musicale entre la Danse macabre de Saint Saëns et The Voice of the Soul de Chuck Schuldiner. Disons que si ce dernier a consacré sa vie à la musique, c’était bien aussi pour faire passer un message. « Lack of Comprehension », « Mentally blind », « Spiritual Healing » ou « Individual Thought Patterns », les titres de ses morceaux parlent d’eux-mêmes. Tout cela pour dire que la relation entre le musicien et l’auditeur sera toujours basée sur un vecteur commun, celui de l’émotion. Au sens littéral, il s’agit sans doute d’un mouvement commun qui crée une complicité; peut-être serait-ce ici une des définitions les plus exactes de la musique.

Quant à revenir à la Haute Fidélité, comprenons ici qu’il ne s’agit pas de définir si la musique est basée sur la manière dont l’œuvre elle-même a été créée mais de savoir si vos électroniques et enceintes traduisent d’une part, une fidélité la plus exacte possible au message original transmis par les musiciens mais surtout, si l’émotion qu’ils ont voulu transmettre sera elle aussi parfaitement palpable.

Ces émotions passeront par vos électroniques et vos enceintes, avec leurs qualités et leur défauts. Ces attributs seront alors diversement appréciés par les audiophiles. Encore une fois, on en revient au même. C’est à dire qu’il n’y a pas de Haute Fidélité sans approcher la réalité acoustique mais ce n’est pas là que se situe réellement la Haute Fidélité. En fonction de l’auditeur, elle est, elle reste et sera toujours purement subjective.

Eric Mallet

11 Mar

Quel avenir pour la haute fidélité ?

La question de l’avenir de la haute fidélité commence en effet, à se poser depuis quelques années, quelle que soit l’évolution technologique, celle des mentalités, du public ou des utilisateurs face à la musique et à ce qu’elle suscite comme réactions. De la technologie, des mentalités ou des produits mercantiles qui restent plus ou moins attachés à la définition même de musique, à l’heure actuelle, il est encore sans doute un peu difficile de dire ce qui tuera en premier notre petit monde passionné.

L’audiophile ou le mélomane lambda a du mal à dépasser le siècle de Louis XVII

Jadis ASA Monitor

Électroniques Jadis et enceintes ASA monitor

Avouons simplement que ses premiers fossoyeurs seront les audiophiles eux-mêmes. Pour un grand nombre d’entre eux, l’expression musicale se réduit bien souvent à un ou deux genres, la musique classique et parfois le jazz, peut-être pas le blues, encore moins le rock et ses multiples branches, considéré comme bien trop vulgaire pour leurs oreilles fragiles de mélomanes. Pour les audiophiles, ou ceux qui le restent encore, la musique s’est arrêté au XVIIIème siècle, ce qui explique déjà une bonne partie du problème. J’avouerais que c’est certainement la première chose qui m’inquiète dans les salons. La seconde, c’est de me dire que je fais toujours partie des plus jeunes avec mes 44 ans, ça en devient problématique, sinon caricatural. Disons-le franchement, le marché ne se renouvelle pas. Et même si cela vous inquiète, parler de haute fidélité, c’est aussi parler d’un marché comme un autre. Ce marché, c’est celui des échanges entre les fabricants et les revendeurs, leurs envies ou leurs impératifs et leurs clients qui considèrent l’achat d’un appareil comme un moyen plus sûr de s’approcher au plus près de la réalité ou de l’émotion musicale.

Une passion sans investissement n’a aucun sens

Helios Stargate en exposition statique

Lecteur de CD Hélios

Parler de haute fidélité, c’est aussi parler de passion et parler de passion, c’est parler d’investissement. Loin des clichés ou des élans de l’âme humaine qui nous poussent à aimer la musique, la passion découle tout d’abord des échanges, quel que soit le sujet dont l’homme s’est accaparé depuis le début de l’histoire. Investissement matériel et investissement de soi, la question des échanges au sens propre du terme a déjà été longuement traitée par un célèbre neurologue qui deviendra par la suite le père de la psychanalyse. En effet, si la question des pulsions et de ses multiples transformations (encore une question d’échanges) a fait l’objet d’études sérieuses depuis le début du 20ème siècle, nous ne pouvons réduire la sublimation des pulsions à celle des passions même si cela pourrait faire l’objet d’un article en psychanalyse car nous sommes sur un blog qui traite de haute fidélité. Cependant, et quel que soit le sujet, c’est la notion même d’échanges qui reste au centre du sujet car les audiophiles changent et échangent sans cesse pour s’approcher du réel, ou de ce qu’ils considèrent comme étant le plus proche possible de la réalité musicale et personnelle qu’il conçoivent.

Fidélité à notre passion pour la musique et ses reproducteurs les plus fidèles, notre investissement passionné concerne surtout de nombreuses considérations matérielles, dans tous les sens du terme. Matériel au sens propre pour nos précieux appareils et accessoires de reproduction musicale, matériel – ou devenu immatériel – au sens propre du terme pour les supports musicaux, au sens figuré pour la presse, les salons, les commerçants qui font vivre la haute fidélité – et qui tentent aussi d’en vivre agréablement – et même parfois virtuel pour quelques échanges et débats qui dépassent largement la mesure des passions sur les forums de la haute fidélité ou de la vidéo.

Certains forums de la haute fidélité cultivent l’illusion du virtuel au point que la musique elle-même nous présente plus de matière

Hifi Bx 2014 44En effet, que dire de certains forums de la haute fidélité, si seulement il y avait quelque chose de sérieux à en dire. Certains d’entre eux semblent exister comme le refuge inespéré de jeunes mélomanes en manque d’inspiration qui pensent tout connaître d’un domaine qu’ils ignorent car ils auront sans doute trouvé quelques enceintes ou amplificateurs miraculeux sur lequel ils s’inventent un monde et ne tarissent de disserter. A l’opposé, quelques vieux névrosés s’agitent pour vanter ou plutôt “venter” les mérites inestimables de tel ou tel appareil “vintage” en affirmant sans rire ou même sans en être conscient qu’on “à jamais fait mieux depuis”, sans même se rendre compte qu’ils n’intéressent plus qu’eux-mêmes ou du moins, essaient-ils encore vainement de s’en convaincre.

Domaine réservé de quelques éléments sectaires qui règnent sur un univers de vanités virtuelles, on assiste sans fin à des discours pompeux de politesses éternellement renvoyées vers le vide de leurs arguments. Des centaines de pages virtuelles de gribouillis ineptes s’amoncellent pour tenter à chaque phrase de s’élancer vers l’acmé de la rhétorique audiophile, tel Antoine Court de Gébelin perché sur son cheval à 2 mètres du sol, en train d’écrire une encyclopédie de l’inutile jusqu’au tombeau, se croyait fermement arrimé aux plus hautes sphères de la connaissance et du savoir. Les Don Quichotte de l’audiophilie se targuent sans cesse d’avoir trouvé le câble miraculeux qui, pour respecter la sévère étiquette de leur microcosme bolchevique du disque dur, est une merveille de technologie vendu au prix d’un bout de ficelle de chez Carrefour. C’est la démonstration évidente de l’investissement nul.

Attention où vous mettez les pieds… Certains amplificateurs ou autres câbles magiques ne devront jamais, au grand jamais être critiqués, ne serait-ce que nommés. Dans l’idéal, il s’agirait donc de taire leur nom… Finalement, on en vient parfois à regretter que le ridicule ne tue pas, encore que dans d’autres milieux, parfois tout aussi fermés, on pourrait croire qu’un brun de bon sens permettra sans doute quelques considérations constructives. De la sorte, ceux qui s’illusionnent de faire partie d’un univers d’exception se rendront compte un jour peut-être que leurs gribouillages dithyrambiques n’ont rien d’exceptionnel, sauf à représenter leur prétentieuse nullité. Synonyme exact de perte de temps, je n’y ai heureusement pas perdu le mien très longtemps. Toujours est-il que cette petite anecdote sur la virtualité numérique se révèle particulièrement caractéristique de notre sujet.

Un métier de passionnés fait de maitres de la reproduction musicale

Hifi Paris 2016 52

Bloc mono Jadis

À l’opposé de ce monde virtuel où certains se cherchent une légitimité dérisoire et où la suffisance fait rire, un grand nombre de fabricants passionnés par leur métier n’ont de cesse que de satisfaire notre passion pour la musique. Artisans français de chez Jadis, Métronome Technologie, EERA, Charlin, Jean Marie Reynaud, Pierre Étienne Léon et d’autres fabricants étrangers non moins talentueux ont construit notre monde de reproducteurs sonores de qualité. Dans cette quête du Graal qui n’a ici rien de virtuel, nos oreilles et celles des amateurs qui nous ont précédés ont su profiter des merveilles permises par les avancées certaines de la technologie. Et en termes de technologies, remettons en première place celle du support sans lequel rien n’aurait été possible. Certains persistent, d’autres ont subi les écueils de l’oubli, d’autres encore n’existent plus que dans certains studios qui cultivent l’attrait d’une sonorité qu’ils ne retrouveront pas autrement. Ainsi le vinyle s’accroche encore et les fabricants suivent la tendance, ce qui n’a rien de déplaisant. Si l’analogique serait synonyme de fidélité musicale par excellence, d’autres comme la cassette audio n’auront pas eu la chance de survivre car détrônée par un support numérique dont on ne connaît pas encore les limites, le Compact Disc. Autrefois critiqué pour son manque de musicalité, le CD profite aujourd’hui de l’évolution sensationnelle des convertisseurs audionumériques pour nous régaler d’une musique toujours plus belle et saisissante. DAT et autres minidiscs n’ont pourtant pas survécu à l’aspect pratique et universel du CD.

L’histoire de la Haute Fidélité accélère au rythme de la technologie moderne

Hifi Paris 2016 54Pourtant, l’histoire va trop vite et ce qui ressemble aujourd’hui à une nouvelle révolution de l’audio nous laisse un peu un goût amer dans le fond de la gorge. La musique dématérialisée vient d’anéantir définitivement toute idée de collections musicales, de belles pochettes colorées et du plaisir à poser son disque sur un bel appareil chèrement payé. Plaisir déjà quelque peu réduit par le CD lui-même, la musique dématérialisée se réduit désormais au caractère brut et sans vie d’un pauvre disque dur. Les jeunes adorent ce support parce que les marchands du Temple leurs vendent une abondance infinie de produits sonores à écouter. La musique devient objet de production de masse, loin de toutes créations humaines et de ses émotions. Non sans faire fi de l’excellente reproduction musicale permise par ces supports numériques et décharnés – encore que – on en vient à se demander si demain, on ne finirait pas par se nourrir de quelques capsules prédigérées, à dormir dans des boites et à vivre physiquement branchés dans le monde virtuel d’Internet, hors de la réalité et de la perception naturelle de nos sens. Mais quoi qu’il advienne, le microcosme de la haute fidélité se placera toujours hors de la réalité communément ressentie par l’honnête homme; c’est là le propre des passions.

Amplification Micromega, enceintes PMC

Amplification Micromega et enceintes PMC conjuguent technologie et passion

Parmi ceux qui les exploitent, nous connaissons les dérives habituelles du marketing où le client est un pigeon devant qui il faut savoir semer les graines afin d’en récolter promptement les fruits. Débauches stupéfiante de brevets et de technologies où tout est toujours meilleur qu’ailleurs, on vous raconte l’histoire merveilleuse d’un monde idéal où n’existe plus rien d’autre que ces fabuleuses machines rutilantes, sauf quand il s’agit de répondre au principe pour lequel elles ont été conçues, celui de reproduire la musique. Là, on vous dira sans doute que les meilleurs éléments donneront à coup sûr la meilleure des musiques en vous faisant croire que ce sont vos oreilles qui vous mentent. Comme à l’ordinaire, marketing outrancier rime avec marché de dupes. On passe peut-être du ridicule des forums au grotesque de la technologie qui n’a de sens que pour elle-même.

La culture du secret technologique foireux engraisse quelques bricoleurs du dimanche portés au rang du sacré de la haute fidélité

Ensuite, il est des cas où la technologie n’en est pas une lorsque des petits bricoleurs se cachent derrière une réputation de prestige usurpée et foireuse. En effet, il existe des réalités particulièrement pénibles à souffrir. C’est notamment le cas quand vous placez votre confiance dans une marque prétendument reconnue dans le monde de la haute fidélité pour la qualité musicale de ses appareils. Sauf que ces fameux appareils ont tendance à chauffer plus que de raison, quitte à remettre franchement en cause leur fiabilité sur le long terme et même… à termes beaucoup plus courts. Ensuite, on vous dira qu’un bon amplificateur devrait chauffer, sauf que la grande majorité des amplificateurs vendus par les marques concurrentes ne chauffent pas comme un radiateur et sont généralement beaucoup plus fiables. Personne n’est à l’abri d’une panne sauf que d’attendre 6 mois après un préampli et de retrouver l’appareil avec une vis qui se balade à l’intérieur, c’est le genre de surprise que vous n’auriez même pas chez Darty. Au contraire, j’avais plutôt mis ma confiance – abusivement – dans du « haut » de gamme de « prestige » de la haute fidélité, ou prétendument désigné comme tel…

Les déconvenues se poursuivent lorsque cette fois, c’est l’amplificateur qui est tombé en panne. Me revoilà parti pour 4 à 6 mois d’attente, le réparateur étant soi-disant parti en vacances pour 6 semaines, etc. La réparation ayant été payée mais l’appareil toujours inopérant, j’ai finalement récupéré mon amplificateur avec un bel impact sur le capot pour m’entendre dire qu’il s’agit d’un « choc de surface ». À l’heure actuelle, j’attends toujours que mon matériel soit réparé. Durant l’attente, je l’avais remplacé par un modeste amplificateur Marantz qui, avec le temps, s’est avéré nettement plus musical que cette machine à gaz complexe et d’un prix beaucoup plus élevé. Finalement, ce qui paraît être toujours mieux se révèle surtout être l’ennemi du bien. Admettons que les gens les plus malhonnêtes se cachent toujours derrière des airs flatteurs particulièrement détestables. Toujours est-il que ce genre d’exemple ne risque pas de redonner du lustre à notre monde d’audiophiles. Heureusement pour ceux qui s’intéressent encore à la haute fidélité, une grande majorité des revendeurs sont de vrais passionnés qui se donnent vraiment du mal pour satisfaire nos envies de belles musiques. Il faudrait savoir prendre le temps de les remercier…

Dans ce monde de fous, il nous reste un homme de foi…

Finalement, dans un marché devenu tellement complexe que l’on en perd ses repères les plus simples, on en oublie l’essentiel, c’est à dire la musique et ses émotions. Que deviennent les concerts et l’émotion du direct, avec ses imprévus et ses moments d’émotion ? Ou sont passés les opéras, les symphonies de la musique classique et les concerts grandioses de Pink Floyd où le son dépassait les 16 kilomètres de distance dans un véritable moment d’histoire ?

Avec Martial... Un grand Monsieur de la Haute Fidélité !

Avec Martial Hernandez…

Que deviennent les anecdotes et les instants les plus secrets des musiciens inlassablement narrés par le plus passionné des passionnés d’entre nous au cœur des salons parisiens ou bruxellois ? Il vous raconte ces moments d’attente interminable à la porte des concerts, il vous invite dans son auditorium et vous considère comme ses amis. C’est là qu’il pilote systèmes et bases de données musicales avec une connaissance encyclopédique de la musique, du classique au pop rock, du jazz à la country et j’en passe… Cet homme est un bienfaiteur et personne, qui ne manquerait de respect à notre culture musicale, ne pourrait se lasser de le rencontrer chaque année. Ce bienfaiteur de la musique et de la haute fidélité, vous le connaissez aussi car vous l’avez déjà rencontré…

Se poser les bonnes questions avant que la magie ne disparaisse…

Cependant, certains ne voudront jamais s’avouer qu’il faut parfois se poser de véritables questions pour obtenir de véritables réponses mais c’est ainsi. Lorsque le débat n’est jamais ouvert par peur de la critique, certains revendeurs n’oseront jamais remettre en doute leurs choix même si ce n’est pas ce qu’on leur demande a priori. Tout ce que les audiophiles demandent se résume souvent à une seule chose, non pas d’écouter mais d’abord d’être écoutés et certainement pas de subir des parti pris ou des opinions fermées. Personne n’a la science infuse ou ne possède la vérité mais dans un milieu aussi subjectif, il faut parfois savoir rester modeste et penser que nous ne faisons que profiter, pour un bref instant, du plaisir de la musique. À l’opposé, nous subissons bien trop souvent l’ego flatté et démesuré des représentants d’un monde qui ne tient plus que sur un pied très fragile, que chacun s’efforce de faire tomber…

Eric Mallet

Note: Pour l’anecdote, le concert de Pink Floyd du 28 juillet 1988 au stadium Nord de Villeneuve d’Ascq s’entendait effectivement jusque là où je suis, à quelques 16 kilomètres environ à vol d’oiseaux.

10 Fév

La Terminologie de l’audiophile Partie II

nettoyage de vynilsQuant à la seconde partie de cet article sur la terminologie de l’audiophile, j’ai choisi de traiter de ce que l’on appelle l’image stéréophonique, de la coloration, de la dynamique et des timbres.

Certains de ces critères audiophiles seront sans doute plus simples à définir que d’autres, du moins, sur le plan objectif, alors que la subjectivité liée à l’écoute individuelle aura tendance à nuancer l’ensemble des critères que nous tenterons de définir de manière la plus neutre possible, du moins, sur le plan théorique. Tout comme pour la première partie de cet article, il faut considérer cet écrit comme un essai personnel et donc, sans valeur de référence pour autant. Rien n’est plus difficile à décrire que le monde très particulier de l’audiophile car il est totalement subjectif…

3 : L’image stéréophonique

A l’ère du presque tout numérique, on aura tendance à oublier l’origine du système de stéréophonie, et donc, de ce qu’on entend d’abord par la source d’un enregistrement, c’est à dire, d’une prise de son réalisée avec au moins deux micros. Basée sur la reproduction d’un message sonore sur deux canaux minimum, le son stéréophonique a été mise au point afin de rendre compte du critère de spatialité (donc de l’espace ou de la scène sonore) propre à l’enregistrement d’une œuvre musicale.

MSB TechnologyL’invention du système stéréophonique remonte à 1881 lorsque Clément Ader eut cette intuition qui devait transfigurer la reproduction et l’écoute de la musique. 3 ans plus tard, on assista à la première diffusion en stéréophonie à L’Opéra Garnier de Paris. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que l’enregistrement sur deux pistes de manière synchrone sur une même bande magnétique fut rendue possible. Aujourd’hui encore, la stéréophonie reste le système de reproduction sonore et audiophile le plus largement utilisé concernant la musique, en dépit de la multiplication des divers formats de diffusion désormais disponibles. Sur le plan historique, le perfectionnement de la stéréophonie est dû à André Charlin, inventeur français et ingénieur du son né en 1903 et décédé en 1983.

présentation statique d'enceintesToujours est-il que ce bref aperçu historique nous amène indirectement au cœur du problème car s’il s’agit de reproduire une œuvre musicale dans son espace sonore, il faut bien avouer que certains systèmes d’écoute le font mieux que d’autres mais aussi, que certaines personnes y sont plus sensibles que d’autres. D’un point de vue technique, la stéréophonie ne devrait pas seulement décrire la fidélité en largeur et en profondeur des enceintes mais aussi en hauteur (par exemple une grosse caisse de batterie sera toujours perçu en position basse par rapport aux cymbales). Cependant, l’image stéréo est parfois mal ou quasiment non perçue par de nombreuses personnes qui s’intéresse peu à la musique et à sa reproduction fidèle.

Une image stéréo est censée reproduire l’espace sonore d’un enregistrement musical

En théorie, une image stéréophonique et audiophile devrait tenir compte des trois critères que nous venons d’énumérer : largueur, profondeur, hauteur. En pratique, on est parfois loin du compte. Subjectivement, certains systèmes stéréo auront tendance à mettre tous les instruments sur le même plan ou à projeter l’écoute alors que d’autres systèmes reproduiront un bel étagement des plans sonores mais avec une largueur qui ne dépasse pas celle des enceintes alors que d’autres encore, auront tendance à placer la scène sonore en arrière.

système NagraLes causes à incriminer sont multiples. Elles dépendent parfois des enceintes, parfois des électroniques, parfois des câbles qui reproduiront plus ou moins bien l’image stéréophonique. En tout état de cause, et si l’enregistrement a été soigné, un disque gravé contient l’ensemble des données reproduisant fidèlement l’espace stéréophonique tout comme il détient l’ensemble des informations relatives à la reproduction des timbres, de la dynamique et des autres critères objectifs ou subjectifs que nous pourrions décrire.

Ce que nous pouvons vraiment mettre en cause, a priori, c’est le système lui-même. Quant à dire que c’est une question de gamme, c’est un critère absolument faux. lecteur AtollOn a tous déjà entendu des systèmes modestes en prix reproduire une belle image stéréophonique par rapport à des systèmes plus onéreux qui était moins bons sur ce point (même si l’inverse est également possible). Toujours est-il que la perception de l’image stéréo peut également dépendre de la ‘matière sonore’ reproduite par le système lui-même. Si le corps des instruments est parfaitement reproduit, l’espace stéréophonique sera toujours mieux perçu que sur des systèmes qui sonnent aigres et perché sur l’aigu (encore une fois c’est relatif). Donc, nous pourrions admettre que la reproduction de la matière sonore puisse également jouer sur la perception de l’image stéréo.

En outre, et d’un point de vue biologique (et physiologique pour être précis), l’oreille humaine perçoit mieux les fréquences médium que l’aigu et le grave (sauf sans doute les jeunes qui sont déjà sourd à 20 ans, empoisonnés par leurs megabasses et autres systèmes douteux de correction physiologique). C’est d’ailleurs à partir de cette perception préférentielle du médium par l’oreille que les commerçants inventent des systèmes qui accentuent artificiellement les basses fréquences en essayant de reproduire artificiellement une dynamique qui n’existe pas à l’origine. En témoigne encore, l’explosion des ventes de casques pourris que les jeunes arborent fièrement comme deux oreilles de Mickey.

4 : La coloration, un critère audiophile ?

Ceci amène cela, la voix humaine est un ensemble de sons de fréquences médium et naturellement, l’oreille perçoit mieux les médiums que les deux autres extrémités, même si les jeunes aiment se démolir les esgourdes à coup de mega basses. Supposons que si la perception auditive humaine est parfaitement linéaire, cette histoire absurde de renforcement des basses deviendrait inutile. Cette idée de devoir renforcer une fréquence sur une autre n’a d’ailleurs rien de très audiophile.

AccuphaseEt à parler de linéarité, on en arrive forcément à parler de neutralité. Sur le plan objectif, la coloration (ou plutôt l’absence de coloration) pourrait a priori se résumer (plus ou moins) à la perception d’une linéarité parfaite du message sonore, ce qui est généralement, très rarement le cas. La plupart des systèmes auront tendance à mettre une partie du spectre sonore en avant ou de ne pas reproduire la bande passante dans toute son étendue. Cette caractéristique peut être due à des caractéristiques particulières des enceintes, de l’amplification ou de la source elle-même. En toute logique, pour que la coloration ou « effet de mise en avant d’une partie du spectre sonore sur une autre » soit moins perceptible, une bande passante la plus large possible doit être reproduite même si, cela n’empêche pas la perception d’une certaine forme de coloration sonore dans certains cas.

démonstration par Martial

Avec Martial hernandez… Un grand Monsieur de la Haute Fidélité !

Sur le plan subjectif, cela se résume plus ou moins à dire que le médium (souvent perçu sur les voies, une guitare ou un instrument qui émet dans cette gamme de fréquence) est mis en avant sur le reste du spectre ou que les basses ou l’aigu est mis en avant, ce qui est généralement très perceptible. Les basses fréquences sont d’ailleurs parfois tellement prépondérantes sur le reste du spectre que le bas-médium s’en trouve complètement bouché au point que certains auditeurs peu avertis ou peu entraînés à l’écoute confondent aisément bas-médium et basses fréquences. Ce genre de caractéristique a d’ailleurs pour principal défaut de masquer un nombre considérable d’informations dans le bas médium justement.

Quant à l’aigu, la mise en avant de cette partie du spectre aura tendance à crisper l’auditeur et l’audiophile, jusqu’à parfois agresser l’oreille. A priori, un bon système devrait pouvoir rendre compte d’un aigu détaillé, réel (et donc parfois à la limite de l’agressivité quand l’enregistrement le demande) et aérien.

Essayons de terminer cet article sur ces constatations, la longueur de mes écritures demandera donc une troisième partie qui traitera cette fois de la dynamique et des timbres.

A bientôt,

Eric Mallet

17 Mar

L’expérience de l’audiophile – La suite – Une nouvelle écoute de Philippe

Si vous avez lu le dernier article, vous savez déjà qu’il s’agit d’un compte rendu d’écoute détaillé. Merci encore à Philippe de nous faire partager ses écoutes de la haute fidélité. Cela nous éclaire d’autant plus sur des produits prestigieux que nous n’écoutons pas forcément tous les jours et qui nous inciterons tout autant à fréquenter plus souvent les professionnels du beau son. Je lui laisse dès maintenant la parole:

amplificateur Etalon Integral 1« En 8 jours j’ai été 2 fois chez Karl (Quatuor Music, Lyon), ça fait du bien de rafraîchir les oreilles, vraiment. Mes dernières écoutes sérieuses hors de chez moi datent de 5 ans environ. Samedi 03, j’allais découvrir les PEL Séréna (par curiosité, pour comparer vaguement avec mes Nobilis). Comme il y avait des Apertura Kalibrator, j’étais encore plus content. Depuis le temps qu’elles m’intriguaient…

Ensuite on a laissé Karl nous guider d’après mes souhaits. Et ce fut une biblio Harbeth Monitor 30 qui remporta la palme du plus beau son ce jour-là. Toutes les enceintes ont été écoutées avec mon Etalon Integral 1 (ou 1A je ne sais finalement). Et l’ATM2 de 80w monté en KT88 Shuguang (tubes que je connais parfaitement pour avoir eu très récemment sur le DA30 les GEKT88 et les KT88 BlackTreasure sortis pour un anniversaire de la marque et exploités dans la durée au final). Le lecteur (THDG) supérieur à du Moon était un Aesthetix à 2 tubes par voie, dont j’ai oublié la référence.

Conclusion amplis: l’Etalon s’est montré très brillant (au figuré) avec toutes. L’ATM bien entendu offrant davantage de matière et une excellente articulation dans le bas en même temps. Puissance doublée, donc dans le volume de l’auditorium, il était parfaitement à sa place. En gros, on doit avoir 6x10m² et un plafond d’au moins 4,5m. Rien à voir avec chez moi (comme indiqué dans les pages précédentes), où l’ATM est clairement inenvisageable ! L’Etalon si.

Conclusion HP: Séréna et Kalibrator très jolies écoutes avec de la transparence, donc ça pulse. La Séréna offrant probablement un mariage plus aisé avec plus d’amplis et des pièces moyennes. J’aime bien ce type d’écoute donc rien de particulier, ça marche (l’ATM2 en tête comme dit juste avant). Je n’ai pas été déçu des Apertura Kalibrator, même si je ‘croyais’ à tort qu’elles avaient plus de matité ou de matière en fait. Je pense sur cette petite présentation qu’elles ont beaucoup de potentiel, et besoin d’une belle amplification et du coup d’une pièce ou grande ou bien traitée. Je n’ose m’aventurer dans cette voie-là, et puis j’ai déjà dégusté 3 ans durant les belles Tanagra Signature…

enceintes HarbethPar contre, Harbeth étant depuis moins de 2 ans (ré)importée chez nous, ce fut la découverte sympa du jour. Très attirantes et même reposantes par rapport aux 2 autres enceintes : des timbres vraiment matériels, très bien exploités sont les gros points forts des M30. Utilisées par la BBC, dans des productions ciné et pour l’émission anglaise X-Factor (en plein direct, en régie montage visuel, avec les différentes caméras). On sent très bien pourquoi: c’est consensuel comme écoute. Faciles à caser dans des petites pièces, tout en proposant des timbres exceptionnels pour ce prix. Compter en finition de base 2700€ + pieds dédiés 400€. Et 400€ de + pour le palissandre (Rosewood) magnifique ou l’Ebony Tiger.

Je les écoute actuellement, étant repassé ce samedi 10 chez Karl pour une seconde écoute avec prêt des M30. Ce n’est pas la magie que j’attends chez moi, je l’entends bien sur le Jadis en ce moment-même (mais je suis difficile). On est bien loin de l’ouverture/transparence et de l’exploration tridimensionnelle des PEL Nobilis !

Mais concernant les timbres, une certaine image stéréo et le rythme (percussions très bonnes en subjectif), elles donnent bien plus que l’on croirait… Pas de prise de tête en tous cas, ça marche très bien. Nous les avions largement préférées par rapport aux Séréna et Kalibrator. Question de sensation primordiale si l’on veut, les M30 séduisent de suite.

Chez nous, avec le Cantata à la source, elles ne peuvent exploiter toutes les informations à la façon des Nobilis. Ce que peuvent sûrement faire les Séréna et Kalibrator par contre. Un idéal serait un mix de leurs qualités… Voilà le 1er samedi. »

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Merci encore à Philippe pour son compte-rendu d’écoute audiophile.

Quant au second samedi d’écoute, je le mettrai en ligne à la suite du compte rendu d’écoute des journées Goldmund du 24 et 25 mars à l’hôtel Bristol de Paris, et présentées par Jefferson Hifi Video, importateur de la marque en France.

A très bientôt pour quelques nouvelles audiophiles,

Eric

16 Mar

L’expérience de l’audiophile: un compte rendu d’écoute par Philippe

Comme la passion Goldmund avait fait son œuvre, j’ai rapidement cherché le moyen de faire évoluer mon système, déjà basé sur l’excellent intégré de la marque suisse. Suivant les débats du forum audiophile.fr, je suis tombé sur l’annonce de Philippe qui proposait son Mimesis 7.5 à la vente. Quelques semaines plus tard, je tombais sur l’annonce d’un revendeur suisse ayant mis en vente un Mimesis 6; le tour était joué.

De là, la musique a fait son œuvre, j’ai profité avec beaucoup de plaisir audiophile de cet ensemble à la musicalité miraculeuse et qui ne cache rien. J’ai ensuite sauté le pas en me rendant propriétaire d’un SR150, un amplificateur de 150W RMS de musicalité (et de nervosité) pure. J’ai donc aussitôt contacté Philippe par téléphone. S’en est suivi une conversation d’audiophiles qui se retrouvent pour parler musique. Naturellement, j’ai proposé à Philippe de partager ses impressions d’écoutes et voici le premier d’entre eux.

Quelques impressions d’écoute chez Quatuor Music à Lyon

L’écoute à lieu chez Quatuor Music et concerne plusieurs paires d’enceintes, notamment des Harbeth M30, des Pierre Etienne Leon Serena et Kalibrator.

« 9h45 chez Quatuor Music (près du Rhône à Lyon), Karl nous accueille tout aussi gentiment qu’autrefois (enfin disons 5 ou 6 ans). Bien agréable matinée pendant 2 heures pleines, en sa compagnie. Il a (et c’est pour moi un point fort) exactement saisi mon équation, très vite; et me conseillait en 5 min l’enceinte qui est ressortie au final, comme une valeur à tester chez moi (prévu pour le week-end prochain) : Harbeth Monitor 30, une biblio de 17 kg aux pieds dédiés (non, ce n’est pas Berth aux grands pieds :mdr: ).

Pierre Etienne Leon SerenaNous avons commencé par des PEL Serena (comme ça je restais dans la marque et m’attendais à un regain d’humanité, comme on m’en avait fait le commentaire, en comparaison des PEL Nobilis). Drivées par mon Étalon (qui s’avère finalement un Intégral 1 d’une quarantaine de watts, dont 5 en classe A). Karl a travaillé plus de 20 ans avec Etalon et a connu Laszlo Sallay (je pense lui faire confiance à 98%, donc…). Donc, j’ai payé un Intégral 1 pour 1A, mais passons… ce qui importe est la qualité sonore ! Autant dire qu’avec les Serena, le son est un peu clairet, dynamique oui, articulé sans doute, rempli et presque projeté… du moins en montant le volume l’énergie prend la main au détriment d’un plaisir musical. Je passe sur les détails ‘hifi’ donc.

Lorsqu’on les a essayées avec l’ATM2 Air Tight (80w) il y a eu plus de respiration et de timbres du coup. Le mariage allait mieux, sans qu’il y se passe une révélation extraordinaire. Rendu encore assez clair… mais il faut dire dans une pièce qui n’a rien à voir avec la mienne (environ 6×12 m et plafond à 4,50m pour moitié, côté HP)! Donc, le jeu consistait à ressentir toute différences entre les écoutes, puis à tester à la maison ce que nous (avec ma compagne) allions repérer de réussi.

Enceintes KalibratorAprès les Serena, j’ai demandé avec l’Etalon des Apertura Kalibrator vissées à leur pied. Au 1ers temps (pas de la valse, j’avais mis ‘A momentary lapse of reason‘), j’ai de suite préféré certains aspects par rapport aux PEL. Une liaison qui m’a rappelé les Tanagra Signature, un raffinement et une sorte de souplesse bienvenus. L’écoute restait néanmoins dans le clair, assez proche des Serena. Pour Karl, les Kalibrator exigent un ampli à la hauteur (l’Étalon irait pas mal en fait), mais aussi une pièce qui leur permette de s’exprimer (ce qui était le cas pour la pièce en l’occurrence, quoi qu’il aurait fallu une mise en œuvre aboutie, ce qui n’était pas faisable dans le contexte de Quatuor Music et du roulement des enceintes). Résumé: une belle dynamique proche des Serena (mais pas assez de poids dans le bas, de matière). Je veux me rapprocher d’emblée du monde sonore que j’ai en tête: avec plein de belles surprises dedans .

Comme je ne me vois pas avec un ATM2 de 80w chez moi (il serait trop exubérant dans ma pièce, mais parfaitement adapté dans ce salon d’écoute par contre), je n’ai pas insisté pour comparer avec l’Air Tight.

On est donc passé aux Harbeth M30 et à leurs beaux pieds à 4 doigts  Une espèce pas de la dernière pluie, aux enfants très mélomanes. Toujours sur l’Etalon, on change de monde immédiatement, en écoutant nos 4 ou 5 morceaux avec les M30 : Pink Floyd, Alan Parson ‘Eye in the sky‘, Pink Martini ‘Hang on…‘, Abed Azrie ‘Suerte‘, Muddy Waters ‘Folk singer‘. Incarnation très très matérialisée (le gap est très important avec les 2 écoutes précédentes), je n’en pas l’habitude chez moi, même les Tanagra S n’allaient pas aussi proche du réalisme des timbres (dû à mes tubes et câbles de l’époque au moins).

enceintes Harbeth M30Le temps d’adaptation et de la surprise se passe (encore que… ce qui est bon signe dans ce cas précis), et j’entends effectivement des instruments, je déguste des voix! C’est propre alors que le grave descend, a parfois une chaleur qui fait tellement plaisir. La preuve par les percussions: là se situe un excellent test de rapidité, de la richesse des timbres et de la hauteur des notes. Car avec la transparence en prime, on dispose vraiment dans ce rendu hyper naturel des détails atmosphériques (très subtils par moment ou évidents lorsqu’une réverbération de la pièce ou un écho parfaitement intégré se produisent), et des timbres réels que des peaux de diverses tailles et matières apportent dans leur « discussions ».

Ça fait plaisir! Etalon + Harbeth M30  + Cardas en modulation et hop: les musiciens sont assis à leurs percussion devant soi. Je m’aplatis sur mon siège pour guetter les variations de focalisation de l’image sonore: il n’en est rien, l’ensemble de la scène est matériellement cohérent. Et je me lève, parcours la scène de droite à gauche en me posant même très proche des HP. Unité et diversité, placement et naturel sont à l’œuvre. Voilà exactement ce que je cherchais :thks:

Le Pink Floyd (même sur ‘Dogs of war‘ qui peut vite sonner trop plein et médium clair) est ici enrichi d’une matière souple, qui du coup j’espère n’est pas systématique. Et j’en fait part à Karl. Mais chassez le naturel… s’il est là: il revient au galop.

Magnifique écoute de l’Israélien Abed Azrie qu’il nous fit découvrir avant hier. Muddy Waters: ça c’est du blues.
La qualité sonore est indéniable, et la matérialité timbrale n’a rien à voir avec les 2 biblio précédentes.
Je constate donc que l’Intégral n’est pas porté vers le clair, n’est pas bouché, ou étriqué dans sa bande passante. Bon point là aussi.

Air Tight ATM2Enfin, nous passons à l’ATM2 pour constater ce qu’une alimentation par transfos de sortie dédiée peut apporter (avec presque 2 fois plus de watts sous le pied). Et c’est juste plus articulé et plein, et subtil du coup. Meilleur d’un cran (pas un gap ahurissant toutefois, mais réel). Dans ce grand volume, c’est ce qu’il faut.

Donc, je me dis que je tiens là une prétendante pour 3200€ pied compris. Ma question restant évidemment de savoir si elles chanteront avec bonheur dans ma très modeste pièce. Comme Karl avait dès le début compris l’équation à résoudre, il avait visé directement les Harbeth et leur english touch ! Et il confirme que nous serons dans le bon. Pour ma part, je le confirmerai ou pas lors de l’écoute à domicile, mais de ce que j’ai VU du son et de sa subtilité et précision (les dimensions et placements sont vraiment nets), cela semble possible.

Un compte-rendu d’audiophile, passionné de haute fidélité depuis bien longtemps…

Merci à Philippe pour ce compte rendu d’écoute très plaisant et détaillé pour l’audiophile que nous sommes. Nous avions d’ailleurs commencé à discuter des PEL Serena que je trouvais particulièrement plaisante lors d’une écoute au dernier salon parisien. Par contre, Philippe n’a pas eu la même impression. La preuve est à nouveau faite que les goûts et sensibilité en matière d’écoute audiophile, les éléments associés et les conditions d’écoute données par la pièce sont d’une extrême importance. La meilleure des enceintes ne vaut rien si elle n’est pas parfaitement placée dans les conditions d’écoute les plus parfaites !

Eric Mallet