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18 Avr

Eera Tentation, succombez…

Eera TentationRappelez-vous qu’il y a de cela un peu plus de 30 ans, le premier lecteur de CD était mis sur le marché, association entre Philips et Sony Corporation. Projet mis en œuvre depuis 1979, les premiers lecteurs faisaient l’objet de toutes les caricatures: son agressif, manque de fluidité, manque de musicalité… Il est vrai qu’à l’époque, un bon lecteur de cassettes analogiques ou une bonne platine de vinyle rivalisait très largement avec cette nouvelle petite galette de 12 cm de diamètre. Le temps a fini par passer et la technologie finira elle aussi par évoluer. A ce jour, la plupart des lecteurs de CD profitent de la puissance de calcul incomparable des convertisseurs modernes, ce qui, sur le plan purement technique, pouvait difficilement être imaginé en 1982. Aujourd’hui, la plupart des lecteurs CD de qualité rivalisent avec les platines vinyles en termes de musicalité et de qualité d’écoute. Cela étant dit, il ne faudra pas vous attendre à des miracles si vous investissez 150 euros dans un appareil vendu chez Carrefour, tout a une logique. Mais personnellement, en termes de lecteur numérique de CD, j’aurais plutôt tendance à considérer l’Eera Tentation comme un aboutissement. Et pourtant…

La platine vinyle et l’analogique pur n’ont pas dit leur dernier mot…

L’analogique pur se défend encore plutôt bien et même bien plus encore. En premier lieu, c’est l’objet qui attire. La beauté incomparable d’une belle platine vinyle ou la pose d’un bras sur les microsillons font toujours partie des petits gestes presque rituels de l’audiophile maniaque, sinon exigeant… Comment d’ailleurs ne pas se satisfaire d’une imposante collection de 45 et de 33 tours soigneusement rangée sur une belle étagère. L’arrivée du Compact Disc n’aura donc pas tout effacé de nos platines vinyles au charme intemporel. Peut-être un peu plus standardisé, le lecteur de CD nous régale depuis plus de 30 ans de belles musiques et d’émotions, aidé en cela de ses facultés technologiques aujourd’hui plus évoluées qu’une platine vinyle. Toujours est-il que l’on cherche sans cesse à retrouver l’âme et la fascination d’une musicalité purement analogique. Sur ce point, le numérique nous fait-il encore défaut ?

L’Eera Tentation représente le haut de gamme des lecteurs de CD Eera

Eera TentationMis à part l’Autographe qui coiffe la gamme Eera dans le très haut de gamme de la marque, l’Eera Tentation reste pour moi assez difficile à décrire. Même si j’ai encore un peu dans l’oreille ses concurrents directs de chez Audio Aero ou Métronome Technologie, je classerai le Tentation à part et pour plusieurs raisons. Description difficile parce qu’il m’est impossible de découper l’écoute en termes audiophiles classiques de transparence, de musicalité ou de bande passante, l’Eera Tentation marque par son homogénéité sans faille. Sans doute ce critère est-il le plus flagrant durant les premières écoutes. C’est aussi cette homogénéité que j’avais remarqué sur l’Eera DL1, au point que je craignais de changer mon lecteur en y perdant de la cohérence. Homogène d’un bout à l’autre du spectre audio, l’Eera Tentation va encore beaucoup plus loin que le DL1. En même temps, c’est aussi cette homogénéité présente sur toute la bande passante, du grave à l’aigu, que nous recherchons peut-être inconsciemment avec les lecteurs analogiques. Plus homogène à l’écoute, un appareil plaira car on ne se posera plus de questions sur sa musicalité mais en même temps, il deviendra très difficile à découper en tranches. Ces lecteurs reproduisent la musique telle qu’elle est, et c’est bien tout ce qu’on leur demande finalement…

L’Eera Tentation dépasse les critères classiques de bande passante, transparence, dynamique ou de musicalité

En effet, parler de musicalité revient à dire qu’un lecteur sera plus ou moins musical, devrait-on se baser sur d’autres critères comme la fluidité du message musical, l’émotion ressentie à l’écoute ou d’autres considérations encore. Parler de transparence ou de dynamique appelle là aussi à évoquer d’autres critères tout aussi subjectifs. Lecteur de CD d’une homogénéité qui interpelle, même si je dois me répéter, il ne m’est possible de caractériser le Tentation qu’en partant de cette qualité rare, une qualité que l’on retrouve généralement sur des platines vinyle très élaborées.

Si je devais caractériser l’Eera Tentation en termes de bande passante, je dirais d’abord que c’est le grave qui impressionne. Les basses fréquences n’ont de réelles limites que celles que votre amplificateur pourra réellement vous donner. Ça frappe fort et en rythme. Le médium présente une richesse harmonique que je n’avais encore jamais découvert sur un autre support numérique ni analogique. Au bout de quelques heures de chauffe, l’Eera Tentation vous fait redécouvrir la texture exacte de chacun de vos albums, c’est pour le moins surprenant. A ce sujet, les amateurs de voix seront ravis. Si vous êtes amateurs d’opéra, d’opérette ou de voix féminines, vous découvrirez vraiment chaque enregistrement tel qu’il a été enregistré, la moindre inflexion de voix étant parfaitement reproduite.

Cette qualité particulièrement déconcertante met d’ailleurs directement en valeur les qualités de transparence exceptionnelle du Tentation. Je me suis surpris à distinguer très nettement la frappe d’un marteau sur la peau d’une grosse caisse de batterie d’un album que je pensais pourtant bien connaitre. La richesse de détails libérés dans le grave est d’ailleurs un des points forts de ce lecteur hors du commun. L’aigu, sans être discret, est toujours parfaitement intégré au reste de la bande passante, sans être projeté. On reconnait très nettement le timbre d’une cymbale ride, d’une crash ou d’une charleston avec toutes ses inflexions dynamiques. Les amateurs de jazz apprécieront certainement cette qualité et les batteurs retrouveront le timbre exact de leurs cymbales. On pourrait d’ailleurs facilement reconnaitre les marques de chacune d’entre elles.

Des timbres parfaitement exacts par rapport à la tessiture originelle des instruments

Question timbres, l’exactitude est bluffante quel que soit l’instrument. C’est impressionnant sur du piano où le toucher et le corps de l’instrument sont reproduits dans toute leur matière avec la cohérence la plus fidèle. Les arpèges d’une guitare sont également reproduits avec son timbre exact, sans aucune surdéfinition dans l’aigu. Chaque solo de guitare est un régal dans le sens où le phrasé se retrouve parfaitement retranscrit, selon ce qu’avait voulu rendre le musicien. Sur du Vanessa Carlton, c’est presque magique, au point où l’on a vraiment l’impression de se retrouver devant la chanteuse, l’image stéréophonique étant idéalement retranscrite en largeur comme en profondeur. A nouveau, j’ai retrouvé la qualité d’image stéréophonique de mon Eera DL1 tout en y gagnant encore en profondeur et en précision. Particulièrement fluide, ce critère assez caractéristique de fluidité est d’ailleurs souvent retenu lorsque l’on cherche à caractériser une écoute analogique par rapport au numérique. Sur ce point, le Tentation connait – ou plutôt reproduit – parfaitement la chanson. La qualité des silences participent également à cette impression tenace de réalité musicale reproduite par le Tentation. Chaque plan est parfaitement différencié dans l’espace musical et de manière très naturelle.

Même difficulté lorsque l’on parle de dynamique, un critère qui revient d’ailleurs assez souvent dans les magazines de Haute Fidélité mais qui finit sans doute par être très galvaudé. Sur ce critère, l’Eera Tentation respecte parfaitement les écarts de dynamique, même les plus ténus, une qualité qui s’entend très nettement sur les voix ou sur les changements de rythme. La musique démarre ou s’arrête de manière nette et précise au point où l’on apprécie chaque morceau dans sa globalité, telle qu’il a été joué. En effet, je me suis souvent surpris à retenir un phrasé, une partie de la rythmique batterie ou un riff de guitare sur un morceau particulier. Avec le Tentation, c’est assez différent car il ne met l’accent sur aucune partie du spectre sonore. Chaque morceau reste parfaitement fluide, au point où on s’étonne parfois d’avoir totalement apprécié un album plutôt que quelques morceaux de l’album seulement.

L’Eera Tentation s’approche de très près d’une platine analogique mais avec toutes les facultés modernes et bluffantes du numérique

L’Eera Tentation est un reproducteur de musique vraiment exceptionnel dans le sens où il se présente un peu comme une exception par rapport à d’autres lecteurs du – très – haut gamme des lecteurs numériques. Si pour vous, la haute fidélité veut dire quelque chose, que vous recherchiez vraiment la réalité du concert ou de profiter d’un album comme si vous étiez en studio au moment où il a été enregistré, l’Eera Tentation mérite largement une écoute sérieuse et approfondie. Avec tout ceci, j’ai quand même du mal à imaginer comment l’Autographe peut encore aller plus loin en termes de réalisme mais je ne demanderais pas mieux que de l’écouter un jour prochain. Une chose est sure cependant; l’Eera Tentation mérite d’être accompagné d’un amplificateur tout aussi exceptionnel que lui et en termes d’amplification, les choix sont nombreux. Je ne pourrais d’ailleurs que vous conseiller de le câbler en JPS Labs, un Superconductor 2 serait bien le minimum qu’on puisse lui offrir, sinon un Illuminata. Un Shunyata haut de gamme pourrait également lui convenir au mieux. Mais d’ici là, laissons le dernier mot à son créateur Didier de Lucas qui affirme que « c’est de cette manière qu’un lecteur de CD devrait toujours fonctionner… » J’aurais vraiment du mal à ne pas être d’accord avec lui.

Eric Mallet

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