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09 Avr

Haute fidélité, Objectivité et Subjectivité, l’œuvre de Dieu et la part du Diable…

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High End Munich 2017Après quelques belles découvertes musicales, des rencontres très sympathiques avec quelques génies de l’électronique et quelques courts voyages à Paris, à Reims ou à Bruxelles, le moment est venu de poser pour moi de poser ma petite valise et de faire le point. Si les voyages – même les plus petits – forment la jeunesse, la réflexion à tête reposée me permettra surtout de faire une pause et de clarifier les choses dans notre domaine bien particulier de la reproduction musicale. Car c’est bien de reproduction musicale qu’il s’agit si l’on veut, posément, définir ce qu’est la Haute Fidélité.

Cependant, cette définition restera incomplète si nous ne pouvons la clarifier plus en avant. Si j’ai tendance à penser que la Haute Fidélité ne passera pas la prochaine génération sans une sérieuse remise en question, j’ai aussi eu l’occasion d’entendre deux sons de cloche bien différents… Ces deux timbres reposent tout simplement sur la question du rapport au réel pour la musique reproduite. Dans ce cas, peut-on parler de rapport objectif ou subjectif à la reproduction musicale en rapport à la Haute Fidélité ?

Une antithèse qui mérite une synthèse si l’on veut se mettre d’accord sur ce qu’est la Haute Fidélité

High End Munich 2017Inutile de chercher 12 à 14 heures pour définir ce qu’est la Haute Fidélité. De manière raisonnable, je vous dirais tout simplement que la Haute Fidélité est en rapport avec la reproduction musicale d’une œuvre, d’un morceau de musique, d’un concert ou dans un studio en fonction des limites intrinsèques des électroniques, enceintes et accessoires utilisés pour obtenir ce résultat musical.

Parler de reproduction et non pas d’une écoute originale suppose donc que l’on cherchera à s’approcher le plus près possible de l’œuvre originale par le moyen des électroniques et des processus électroacoustiques, autrement dit vos enceintes. On parlera donc d’une recherche de la Fidélité la plus Haute possible et donc, la plus proche des conditions réelles du concert. Jusque là, il est probable que nous restions d’accord si nous considérons cette définition comme répondant à une considération objective de la Haute Fidélité. Cependant, cette valeur objective présente aussi le défaut de ses qualités, c’est à dire qu’il sera particulièrement difficile d’obtenir une reproduction exacte d’un morceau de musique enregistré en studio ou en concert. Même les meilleures électroniques au monde ne vous donneront jamais une reproduction rigoureusement exacte de ce que vous avez écouté en concert ou indirectement, en studio.

Quand les « meilleurs » font preuve du pire, le sujet est remis en question

High End Munich 2017Malheureusement, il sera d’ailleurs assez facile de constater que ceux qui se vantent le plus d’avoir conçu les meilleures électroniques au monde nous donnent surtout la démonstration des pires reproductions musicales audibles, seulement « audibles » mais même pas « écoutables » et encore moins « appréciables ». Il est d’ailleurs bien dommage que ce soit en France que l’on doive en constater la démonstration.

Hormis la question du budget, associez ce que vous considérez comme les « meilleures » électroniques avec les « meilleures » enceintes et vous n’obtiendrez peut-être jamais la « meilleure » reproduction musicale. Combien de systèmes à plus de 100 000 euros se sont ridiculisés devant des chaines 5 fois moins chères mais 5 fois mieux élaborées ? A ce jour, j’aurais du mal à les compter. Admettons cependant que certains systèmes de Haute Fidélité très onéreux soient admirablement musicaux; ils existent réellement, mais ils se font particulièrement rares.

Comment réconcilier un instrument qui vibre naturellement avec des membranes qui ne peuvent que reproduire cette vibration musicale ?

High End MUnichL’explication qui se cache derrière ce phénomène est pourtant simple à comprendre. Un instrument de musique est fait d’un assemblage de bois ou d’autres matières associées à des cordes ou d’autres mécanismes de résonance qui associent leurs vibrations pour produire un son (une vibration unique et complexe) afin de produire de la musique, qui elle, dépendra du talent unique d’un musicien, sachant mettre en ordre ces vibrations.

Ainsi, il s’agira pour lui de créer une mélodie considérée comme musicale. Pour la voix humaine, c’est encore plus simple puisque ce sont les cordes vocales qui produisent cette vibration. Jusque là, il n’y a rien de très étonnant. Ensuite, on aimerait bien que nos électroniques nous rendent cette même objectivité, du moins à considérer que la musique écoutée en concert soit source d’émotions musicales, ce qui n’est pas toujours le cas. Quant à l’écoute d’un morceau en studio, c’est précisément cette émotion libérée durant l’enregistrement que l’on recherche, sans forcément l’obtenir. Le problème est bien là. La reproduction musicale, transmise par le biais des électroniques et enceintes n’a plus rien d’objectif, même si les progrès techniques permettent aujourd’hui de s’en rapprocher grandement.

High End Munich 2017En réalité, la vibration musicale n’est reproduite qu’en bout de course par les membranes de nos haut parleurs alors que cette même vibration a d’abord été traduite en signal électrique, des milliers de fois modifiée par nos électroniques. De là, la question de l’objectivité musicale sera de plus en plus difficile à admettre.

Bien sûr, nous serons les premiers à nous insurger contre toutes formes de colorations, jusqu’au moment où la neutralité plate d’une courbe de réponse sera aussi platement reproduite par nos enceintes. On perdra ici l’émotion musicale en ne retrouvant plus qu’un message musical froid et insipide mais pas de musique à proprement dit. Retrouver le phrasé très proche d’un solo de violon ou de guitare ou l’ambiance musicale d’un concert nous incitera à parler de musicalité mais encore une fois, il n’est plus possible de parler d’objectivité.

L’objectivité musicale est celle du concert, la subjectivité musicale est celle de vos électroniques

High End MunichQue vous le vouliez ou non, vos électroniques, et en fin de course vos enceintes, ne vous traduisent pas la musique de manière objective. C’est d’autant plus vrai que ceux qui s’insurgent avec une véhémence presque violente contre cette idée seront toujours les premiers à critiquer le manque de « matière » ou de « dynamique » d’un système Haute Fidélité, voire d’un manque de richesse harmonique dans le médium et que sais-je encore.

Ces fervents défenseurs de la réalité objective d’un concert ne se rendent même pas compte qu’ils sont bel et bien les plus prompts à caractériser leur chaine audio sur des critères purement subjectifs. Quoi que vous fassiez, il est absolument impossible d’écouter deux morceaux strictement identiques sur deux systèmes audiophiles différents, sauf dans certains cas mais qui n’auront plus rien d’audiophile. Ces cas bien précis se réfèrent sans doute aux cochonneries bas de gamme de supermarchés et made in China qui vous abreuveront toujours de la même soupe pseudo-musicale bouchée et dénaturée. Dans ce domaine bien précis, toutes les chaines font consensus et si certaines d’entre-elles ne le font pas, il serait alors envisageable de penser qu’elles puissent faire un jour de la musique.

High End MunichNon, une électronique qui se dit audiophile possède un son. Les concepteurs de ces électroniques ont d’ailleurs élaboré leurs appareils pour qu’elles répondent le plus exactement possible à l’esthétique sonore qu’ils veulent obtenir. Cette esthétique sera d’ailleurs de plus en plus reconnaissable selon que l’on monte en gamme. Ici, il n’y a pas de surprise non plus. Ensuite, cela vous plait ou cela ne vous plait pas…

Cela explique aussi pourquoi il y aurait des amateurs du son Naïm, d’autres des lecteurs Eera ou d’Helixir Audio et que sais-je encore. La conception d’une électronique ou d’une enceinte effacera de facto toute notion d’objectivité en termes de reproduction musicale car elle reposera sur des choix voulus par les concepteurs. Même chercher à concevoir une électronique ou une enceinte neutre est un choix, mais peu souvent en accord avec la réalité du concert.

La notion de subjectivité est clairement exploitée en studio, depuis la prise de son jusqu’au mixage final

Hign End MunichIl s’avère d’ailleurs encore plus difficile de parler d’objectivité du concert à partir du moment où, pour un enregistrement donné, l’ingénieur du son aura ses préférences quant au choix des micros ou même du placement de ces derniers.

Si l’objectif est toujours bien de reproduire l’espace sonore d’un lieu, en enregistrant les timbres et le phrasé instrumental de la manière la plus exacte possible, chaque ingénieur du son aura sa méthode personnelle d’enregistrement, en fonction de ce qu’il considère comme étant celle qui sera la plus exacte possible. Si tel n’était pas le cas, il n’y aurait qu’une seule méthode d’enregistrement, développée en fonction de tel ou tel endroit de la pièce mais chaque enregistrement s’avère différent dès le départ, tout comme l’interprétation d’une œuvre peut l’être à chaque fois qu’elle sera jouée.

Quel que soit le morceau, même en concert, vous ne l’entendrez jamais deux fois de manière strictement identique; c’est encore plus vrai pour une œuvre enregistrée. Ensuite, il y aura fatalement des corrections à apporter à l’enregistrement afin d’obtenir un équilibre supportable pour nos oreilles. Il s’agira d’obtenir une dynamique proche du réel sans pour autant omettre les plus petits détails qui, dans l’absolu, devraient eux aussi, être perçus. Rien n’est plus difficile que ce genre d’exercice. A partir de là, la probabilité statistique que vous entendiez exactement la même chose sur votre chaine que ce qui a été joué en concert ou en studio est déjà proche de zéro.

Un minimum d’équilibre musical est nécessaire pour que l’on puisse réellement parler de Haute Fidélité

High End MunichD’un point de vue technique, nous pourrions cependant admettre l’avis de ceux qui considèrent qu’une chaine de Haute Fidélité est particulièrement déséquilibrée en fréquences, dans l’aigu ou dans le grave. Si l’aigu se fait criard avec une reproduction musicale décharnée, accompagnée d’une image stéréophonique plate, nous aurons quand même bien du mal à parler de Haute Fidélité, encore moins d’adéquation à la réalité musicale.

A l’opposé, lorsque les basses fréquences ne sont pas contrôlées et qu’elles deviennent envahissantes au point de masquer une partie du médium, l’équilibre ne sera pas optimal non plus. D’un point de vue plus ou moins objectif, nous pourrions donc nous accorder sur la question de l’équilibre du spectre sonore. A partir de là, certains ingénieurs du son vont argumenter en disant que l’on ne peut parler de Haute Fidélité qu’à partir du moment où des instruments dits « naturels » sont enregistrés.

Des arguments sans fondement ne font pas avancer le débat mais l’enfoncent dans un parti-pris

vanessa carltonLe problème se pose sérieusement lorsque j’essaie de me représenter ce que pourrait être un instrument « artificiel ». En réalité, je n’y arrive pas. Pourtant, les défenseurs de la musique classique ou disons plutôt les ingénieurs du son qui n’enregistrent que du classique (ou parfois d’autres musiques comme le jazz ou le blues) par choix ou par conviction, oublient souvent que ce genre de musique (même si j’écoute du classique) n’est pas le seul genre musical sur Terre.

Pour avoir joué de la guitare électrique pendant 20 ans, j’en sais quelque chose. Mais ils vous diront que vos guitares se basent sur une distorsion et que le son n’a plus rien de naturel. Sauf qu’à notre époque (et même à l’époque de Jimmy Hendrix) il s’agissait d’une distorsion harmonique qui justement, n’a rien de dysharmonique. Dans le cas contraire, le rock serait inécoutable et pourtant, il attire bien plus d’amateurs que le classique…

Admettez simplement que si vous posez un argument, il faut aussi que vous soyez en mesure d’imaginer son contraire. Faute de quoi, il s’agit d’un non-sens. Dans un autre domaine, on entend parfois parler des « naturopathes » mais je n’ai jamais entendu parler des « artificielopathes » qui prôneraient les vertus d’une alimentation industrielle. Non, bien souvent, si vous admettez un argument sans pouvoir en définir l’opposé, c’est que vous avez affaire à des rêveurs ou à des charlatans.

L’enregistrement d’une œuvre musicale repose sur un travail de studio reproduisant un certain équilibre avec un bon confort d’écoute

Kef BruxellesPour aller encore plus loin, et même si je n’aime pas vraiment cela, je dois bien avouer que même un synthétiseur pourrait difficilement produire une musique artificielle car il faut bien, au départ, qu’un son, même numérique, se base sur un modèle vibratoire naturel. A partir de là, les mêmes questions techniques se posent en studio ou sur scène.

Par exemple, la nécessité de compresser une grosse caisse de batterie afin de laisser de la place aux tomes et ensuite, d’équilibrer la prise de son des cymbales, etc. Et Dieu sait si ce genre d’équilibrage demande des heures de travail aux ingénieurs. Et même si mon rack me permet d’accéder à des centaines de distorsions possibles, je ne vois pas trop ce que je pourrais en faire si la vibration des cordes de ma guitare ne pouvait être transmise par le micro vers le rack. Alors cessez de vous ridiculiser avec vos considérations d’instruments ou d’ambiance « naturelles » lorsqu’il s’agit d’évoquer la fidélité à la musique car elles sont sans fondements. Ce sont d’ailleurs ces mêmes ingénieurs du son qui s’efforcent de reproduire toute la puissance émotionnelle d’un orchestre symphonique alors qu’ils considèrent qu’un groupe de rock ne fait que du bruit pour impressionner ses auditeurs. On tombe très vite dans l’ignorance et le grotesque.

La musique est source d’émotions, raison d’être de la Haute Fidélité

C’est ici qu’il s’agit de remettre les choses en place. S’il ne s’agit que de taper sur des casseroles pour faire du bruit, comme cela arrive encore, je serais bien le premier à dire qu’il ne s’agit pas de musique. Au contraire, un musicien cherche tout d’abord à retranscrire et transmettre un message et ses émotions avec la musique. On y revient, la musique est un vecteur d’émotions. C’est aussi pour cela que j’évoquais la « puissance émotionnelle » de celle-ci. Si la musique est faite d’émotions, c’est bien pour que l’on puisse les apprécier et c’est aussi ce qui est au fondement de la Haute Fidélité.

Chuck SchuldinerA mon sens, il n’y a pas de différence de qualité musicale entre la Danse macabre de Saint Saëns et The Voice of the Soul de Chuck Schuldiner. Disons que si ce dernier a consacré sa vie à la musique, c’était bien aussi pour faire passer un message. « Lack of Comprehension », « Mentally blind », « Spiritual Healing » ou « Individual Thought Patterns », les titres de ses morceaux parlent d’eux-mêmes. Tout cela pour dire que la relation entre le musicien et l’auditeur sera toujours basée sur un vecteur commun, celui de l’émotion. Au sens littéral, il s’agit sans doute d’un mouvement commun qui crée une complicité; peut-être serait-ce ici une des définitions les plus exactes de la musique.

Quant à revenir à la Haute Fidélité, comprenons ici qu’il ne s’agit pas de définir si la musique est basée sur la manière dont l’œuvre elle-même a été créée mais de savoir si vos électroniques et enceintes traduisent d’une part, une fidélité la plus exacte possible au message original transmis par les musiciens mais surtout, si l’émotion qu’ils ont voulu transmettre sera elle-aussi parfaitement palpable.

Ces émotions passeront par vos électroniques et vos enceintes, avec leurs qualités et leur défauts. Ces attributs seront alors diversement appréciés par les audiophiles. Encore une fois, on en revient au même. C’est à dire qu’il n’y a pas de Haute Fidélité sans approcher la réalité acoustique mais ce n’est pas là que se situe réellement la Haute Fidélité. En fonction de l’auditeur, elle est, elle reste et sera toujours purement subjective.

Eric Mallet

  1. 09/04/2018 à 21:26 | #1

    Super boulot Eric. Je complèterais en disant que la Haute-Fidélité c’est cette éloquence qui colle parfaitement à l’esprit de la musique, cette faculté de communication peu ordinaire qui fait que l’on devine l’intention des interprètes.

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