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11 Mar

Quel avenir pour la haute fidélité ?

La question de l’avenir de la haute fidélité commence en effet, à se poser depuis quelques années, quelle que soit l’évolution technologique, celle des mentalités, du public ou des utilisateurs face à la musique et à ce qu’elle suscite comme réactions. De la technologie, des mentalités ou des produits mercantiles qui restent plus ou moins attachés à la définition même de musique, à l’heure actuelle, il est encore sans doute un peu difficile de dire ce qui tuera en premier notre petit monde passionné.

L’audiophile ou le mélomane lambda a du mal à dépasser le siècle de Louis XVII

Jadis ASA Monitor

Électroniques Jadis et enceintes ASA monitor

Avouons simplement que ses premiers fossoyeurs seront les audiophiles eux-mêmes. Pour un grand nombre d’entre eux, l’expression musicale se réduit bien souvent à un ou deux genres, la musique classique et parfois le jazz, peut-être pas le blues, encore moins le rock et ses multiples branches, considéré comme bien trop vulgaire pour leurs oreilles fragiles de mélomanes. Pour les audiophiles, ou ceux qui le restent encore, la musique s’est arrêté au XVIIIème siècle, ce qui explique déjà une bonne partie du problème. J’avouerais que c’est certainement la première chose qui m’inquiète dans les salons. La seconde, c’est de me dire que je fais toujours partie des plus jeunes avec mes 44 ans, ça en devient problématique, sinon caricatural. Disons-le franchement, le marché ne se renouvelle pas. Et même si cela vous inquiète, parler de haute fidélité, c’est aussi parler d’un marché comme un autre. Ce marché, c’est celui des échanges entre les fabricants, ses envies ou ses impératifs et ses clients qui considèrent l’achat d’un appareil comme un moyen plus sûr de s’approcher au plus près de la réalité ou de l’émotion musicale.

Une passion sans investissement n’a aucun sens

Helios Stargate en exposition statique

Lecteur de CD Hélios

Parler de haute fidélité, c’est aussi parler de passion et parler de passion, c’est parler d’investissement. Loin des clichés ou des élans de l’âme humaine qui nous poussent à aimer la musique, la passion découle tout d’abord des échanges, quel que soit le sujet dont l’homme s’est accaparé depuis le début de l’histoire. Investissement matériel et investissement de soi, la question des échanges au sens propre du terme a déjà été longuement traitée par un célèbre neurologue qui deviendra par la suite le père de la psychanalyse. En effet, si la question des pulsions et de ses multiples transformations (encore une question d’échanges) a fait l’objet d’études sérieuses depuis le début du 20ème siècle, nous ne pouvons réduire la sublimation des pulsions à celle des passions même si cela pourrait faire l’objet d’un article en psychanalyse car nous sommes sur un blog qui traite de haute fidélité. Cependant, et quel que soit le sujet, c’est la notion même d’échanges qui reste au centre du sujet car les audiophiles changent et échangent sans cesse pour s’approcher du réel, ou de ce qu’ils considèrent comme étant le plus proche possible de la réalité musicale et personnelle qu’il conçoivent.

Fidélité à notre passion pour la musique et ses reproducteurs les plus fidèles, notre investissement passionné concerne surtout de nombreuses considérations matérielles, dans tous les sens du terme. Matériel au sens propre pour nos précieux appareils et accessoires de reproduction musicale, matériel – ou devenu immatériel – au sens propre du terme pour les supports musicaux, au sens figuré pour la presse, les salons, les commerçants qui font vivre la haute fidélité – et qui tentent aussi d’en vivre agréablement – et même parfois virtuel pour quelques échanges et débats qui dépassent largement la mesure des passions sur les forums de la haute fidélité ou de la vidéo.

Certains forums de la haute fidélité cultivent l’illusion du virtuel au point que la musique elle-même nous présente plus de matière

Hifi Bx 2014 44En effet, que dire de certains forums de la haute fidélité, si seulement il y avait quelque chose de sérieux à en dire. Certains d’entre eux semblent exister comme le refuge inespéré de jeunes mélomanes en manque d’inspiration qui pensent tout connaître d’un domaine qu’ils ignorent car ils auront sans doute trouvé quelques enceintes ou amplificateurs miraculeux sur lequel ils s’inventent un monde et ne tarissent de disserter. A l’opposé, quelques vieux névrosés s’agitent pour vanter ou plutôt “venter” les mérites inestimables de tel ou tel appareil “vintage” en affirmant sans rire ou même sans en être conscient qu’on “à jamais fait mieux depuis”, sans même se rendre compte qu’ils n’intéressent plus qu’eux-mêmes ou du moins, essaient-ils encore vainement de s’en convaincre.

Domaine réservé de quelques éléments sectaires qui règnent sur un univers de vanités virtuelles, on assiste sans fin à des discours pompeux de politesses éternellement renvoyées vers le vide de leurs arguments. Des centaines de pages virtuelles de gribouillis ineptes s’amoncellent pour tenter à chaque phrase de s’élancer vers l’acmé de la rhétorique audiophile, tel Antoine Court de Gébelin perché sur son cheval à 2 mètres du sol, en train d’écrire une encyclopédie de l’inutile jusqu’au tombeau, se croyait fermement arrimé aux plus hautes sphères de la connaissance et du savoir. Les Don Quichotte de l’audiophilie se targuent sans cesse d’avoir trouvé le câble miraculeux qui, pour respecter la sévère étiquette de leur microcosme bolchevique du disque dur, est une merveille de technologie vendu au prix d’un bout de ficelle de chez Carrefour. C’est la démonstration évidente de l’investissement nul.

Attention où vous mettez les pieds… Certains amplificateurs ou autres câbles magiques ne devront jamais, au grand jamais être critiqués, ne serait-ce que nommés. Dans l’idéal, il s’agirait donc de taire leur nom… Finalement, on en vient parfois à regretter que le ridicule ne tue pas, encore que dans d’autres milieux, parfois tout aussi fermés, on pourrait croire qu’un brun de bon sens permettra sans doute quelques considérations constructives. De la sorte, ceux qui s’illusionnent de faire partie d’un univers d’exception se rendront compte un jour peut-être que leurs gribouillages dithyrambiques n’ont rien d’exceptionnel, sauf à représenter leur prétentieuse nullité. Synonyme exact de perte de temps, je n’y ai heureusement pas perdu le mien très longtemps. Toujours est-il que cette petite anecdote sur la virtualité numérique se révèle particulièrement caractéristique de notre sujet.

Un métier de passionnés fait de maitres de la reproduction musicale

Hifi Paris 2016 52

Bloc mono Jadis

À l’opposé de ce monde virtuel où certains se cherchent une légitimité dérisoire et où la suffisance fait rire, un grand nombre de fabricants passionnés par leur métier n’ont de cesse que de satisfaire notre passion pour la musique. Artisans français de chez Jadis, Métronome Technologie, EERA, Charlin, Jean Marie Reynaud, PEL et d’autres fabricants étrangers non moins talentueux ont construit notre monde de reproducteurs sonores de qualité. Dans cette quête du Graal qui n’a ici rien de virtuel, nos oreilles et celles des amateurs qui nous ont précédés ont su profiter des merveilles permises par les avancées certaines de la technologie. Et en termes de technologies, remettons en première place celle du support sans lequel rien n’aurait été possible. Certains persistent, d’autres ont subi les écueils de l’oubli, d’autres encore n’existent plus que dans certains studios qui cultivent l’attrait d’une sonorité qu’ils ne retrouveront pas autrement. Ainsi le vinyle s’accroche encore et les fabricants suivent la tendance, ce qui n’a rien de déplaisant. Si l’analogique serait synonyme de fidélité musicale par excellence, d’autres comme la cassette audio n’auront pas eu la chance de survivre car détrônée par un support numérique dont on ne connaît pas encore les limites, le Compact Disc. Autrefois critiqué pour son manque de musicalité, le CD profite aujourd’hui de l’évolution sensationnelle des convertisseurs audionumériques pour nous régaler d’une musique toujours plus belle et saisissante. DAT et autres minidiscs n’ont pourtant pas survécu à l’aspect pratique et universel du CD.

Hifi Paris 2016 54Pourtant, l’histoire va trop vite et ce qui ressemble aujourd’hui à une nouvelle révolution de l’audio nous laisse un peu un goût amer dans le fond de la gorge. La musique dématérialisée vient d’anéantir définitivement toute idée de collections musicales, de belles pochettes colorées et du plaisir à poser son disque sur un bel appareil chèrement payé. Plaisir déjà quelque peu réduit par le CD lui-même, la musique dématérialisée se réduit désormais au caractère brut et sans vie d’un pauvre disque dur. Les jeunes adorent ce support parce que les marchands du Temple leurs vendent une abondance infinie de produits sonores à écouter. La musique devient objet de production de masse, loin de toutes créations humaines et de ses émotions. Non sans faire fi de l’excellente reproduction musicale permise par ces supports numériques et décharnés – encore que – on en vient à se demander si demain, on ne finirait pas par se nourrir de quelques capsules prédigérées, à dormir dans des boites et à vivre physiquement branchés dans le monde virtuel de l’Internet, hors de la réalité et de la perception naturelle de nos sens. Mais quoi qu’il advienne, le microcosme de la haute fidélité se placera toujours hors de la réalité communément ressentie par l’honnête homme; c’est là le propre des passions.

Amplification Micromega, enceintes PMC

Amplification Micromega et enceintes PMC conjuguent technologie et passion

Parmi ceux qui les exploitent, nous connaissons les dérives habituelles du marketing où le client est un pigeon devant qui il faut savoir semer les graines afin d’en récolter promptement les fruits. Débauches de brevets et de technologies où tout est toujours meilleur qu’ailleurs, on vous raconte l’histoire merveilleuse d’un monde idéal où n’existe plus rien d’autre que ces fabuleuses machines rutilantes, sauf quand il s’agit de répondre au principe pour lequel elles ont été conçues, celui de reproduire la musique. Là, on vous dira sans doute que les meilleurs éléments donneront à coup sûr la meilleure des musiques en vous faisant croire que ce sont vos oreilles qui vous mentent. Comme à l’ordinaire, marketing outrancier rime avec marché de dupes. On passe peut-être du ridicule des forums au grotesque de la technologie qui n’a de sens que pour elle-même.

La culture du secret technologique foireux engraisse quelques bricoleurs du dimanche portés au rang du sacré de la haute fidélité

Ensuite, il est des cas où la technologie n’en est pas une lorsque des petits bricoleurs se cachent derrière une réputation de prestige usurpée et foireuse. En effet, il existe des réalités particulièrement pénibles à souffrir. C’est notamment le cas quand vous placez votre confiance dans une marque prétendument reconnue dans le monde de la haute fidélité pour la qualité musicale de ses appareils. Sauf que ces fameux appareils ont tendance à chauffer plus que de raison, quitte à remettre franchement en cause leur fiabilité sur le long terme et même… à termes beaucoup plus courts. Ensuite, on vous dira qu’un bon amplificateur devrait chauffer, sauf que la grande majorité des amplificateurs vendus par les marques concurrentes ne chauffent pas comme un radiateur et sont généralement beaucoup plus fiables. Personne n’est à l’abri d’une panne sauf que d’attendre 6 mois après un préampli et de retrouver l’appareil avec une vis qui se balade à l’intérieur, c’est le genre de surprise que vous n’auriez même pas chez Darty. Au contraire, j’avais plutôt mis ma confiance – abusivement – dans du « haut » de gamme de « prestige » de la haute fidélité, ou prétendument désigné comme tel…

Les déconvenues se poursuivent lorsque cette fois, c’est l’amplificateur qui est tombé en panne. Me revoilà parti pour 4 à 6 mois d’attente, le réparateur étant soi-disant parti en vacances pour 6 semaines, etc. La réparation ayant été payée mais l’appareil toujours inopérant, j’ai finalement récupéré mon amplificateur avec un bel impact sur le capot pour m’entendre dire qu’il s’agit d’un « choc de surface ». À l’heure actuelle, j’attends toujours que mon matériel soit réparé. Durant l’attente, je l’avais remplacé par un modeste amplificateur Marantz qui, avec le temps, s’est avéré nettement plus musical que cette machine à gaz complexe et d’un prix beaucoup plus élevé. Finalement, ce qui paraît être toujours mieux se révèle surtout être l’ennemi du bien. Admettons que les gens les plus malhonnêtes se cachent toujours derrière des airs flatteurs particulièrement détestables. Toujours est-il que ce genre d’exemple ne risque pas de redonner du lustre à notre monde d’audiophiles. Heureusement pour ceux qui s’intéressent encore à la haute fidélité, une grande majorité des revendeurs sont de vrais passionnés qui se donnent vraiment du mal pour satisfaire nos envies de belles musiques. Il faudrait savoir prendre le temps de les remercier…

Dans ce monde de fous, il nous reste un homme de foi…

Finalement, dans un marché devenu tellement complexe que l’on en perd ses repères les plus simples, on en oublie l’essentiel, c’est à dire la musique et ses émotions. Que deviennent les concerts et l’émotion du direct, avec ses imprévus et ses moments d’émotion ? Ou sont passés les opéras, les symphonies de la musique classique et les concerts grandioses de Pink Floyd où le son dépassait les 16 kilomètres de distance dans un véritable moment d’histoire ?

Avec Martial... Un grand Monsieur de la Haute Fidélité !

Avec Martial Hernandez…

Que deviennent les anecdotes et les instants les plus secrets des musiciens inlassablement narrés par le plus passionné des passionnés d’entre nous au cœur des salons parisiens ou bruxellois ? Il vous raconte ces moments d’attente interminable à la porte des concerts, il vous invite dans son auditorium et vous considère comme ses amis. C’est là qu’il pilote systèmes et bases de données musicales avec une connaissance encyclopédique de la musique, du classique au pop rock, du jazz à la country et j’en passe… Cet homme est un bienfaiteur et personne, qui ne manquerait de respect à notre culture musicale, ne pourrait se lasser de le rencontrer chaque année. Ce bienfaiteur de la musique et de la haute fidélité, vous le connaissez aussi car vous l’avez déjà rencontré…

Se poser les bonnes questions avant que la magie ne disparaisse…

Cependant, certains ne voudront jamais s’avouer qu’il faut parfois se poser de véritables questions pour obtenir de véritables réponses mais c’est ainsi. Lorsque le débat n’est jamais ouvert par peur de la critique, certains revendeurs n’oseront jamais remettre en doute leurs choix même si ce n’est pas ce qu’on leur demande a priori. Tout ce que les audiophiles demandent se résume souvent à une seule chose, non pas d’écouter mais d’abord d’être écoutés et certainement pas de subir des parti pris ou des opinions fermées. Personne n’a la science infuse ou ne possède la vérité mais dans un milieu aussi subjectif, il faut parfois savoir rester modeste et penser que nous ne faisons que profiter, pour un bref instant, du plaisir de la musique. À l’opposé, nous subissons bien trop souvent l’ego flatté et démesuré des représentants d’un monde qui ne tient plus que sur un pied très fragile, que chacun s’efforce de faire tomber…

Eric Mallet

Note: Pour l’anecdote, le concert de Pink Floyd du 28 juillet 1988 au stadium Nord de Villeneuve d’Ascq s’entendait effectivement jusque là où je suis, à quelques 16 kilomètres environ à vol d’oiseaux.

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